Publié par : winfrid | octobre 10, 2008

Le mythe de la supériorité des Germains

“L’idée de race est récente et n’explique pas à elle seule, loin s’en faut, le racisme du 20 ème siècle. Le racisme naît d’un sentiment de supériorité qui remonte aux origines. Ce sentiment de supériorité n’est d’ailleurs pas historiquement propre à l’Europe de l’Ouest. Plusieurs peuples, comme les Russes, les Mongols et les Juifs, ont exprimé cette certitude de dépasser les autres, qu’elle se traduise ou non en visées impérialistes. En Europe, l’excellence est censée s’attacher aux Germains(…). A l’origine, une tradition veut que les Germains aient formé toutes les élites de l’Europe, en essaimant pour conférer l’élément civilisateur-les Francs de la Gaule, les Wisigoths d’Espagne, les Anglo-Saxons d’Angleterre, les Lombards d’Italie sont tous des Germains. Partout ils sont nobles, mais non de hasard ou de chance. Leur noblesse est de nature : la réalité d’une position d’élite se traduit aussitôt en sentiment d’excellence ontologique. Selon une idée ancienne, le Germain commande en apportant une culture, mais surtout une force de caractère. L’idée selon laquelle l’excellence germanique tient plus à l’héroïsme et à l’abnégation qu’à l’intelligence se retrouvera intacte dans “Mein Kampf” : “Ce qui fait la grandeur de l’Aryen, ce n’est pas la richesse de ses facultés intellectuelles, mais sa propension à mettre toutes ses capacités au service de la communauté”(page 297). On trouve déjà cette fascination pour les Germains chez Tacite, au 1 er siècle de notre ère. Ernest Renan, germanophile, attribuait la victoire allemande de 1870 à une supériorité intrinsèque. Rien d’étonnant si cette admiration des Européens pour les Germains(…) se traduit en Allemagne même par cette suffisance et ce complexe de supériorité dangereux qu’engendre l’auto-admiration(…). Encore faut-il, pour concrétiser une supériorité, savoir à quoi exactement elle s’applique. Selon une certaine tradition allemande, la langue allemande précède historiquement les autres langues, et elle est “pure”, donc “supérieure”. L’idée de race supérieure s’agglutinera à celle de langue supérieure. La pureté deviendra l’obsession du National-Socialisme(…). Reste une question : le caractère germanique aurait pu être revendiqué aussi bien, et peut-être davantage encore, par les Anglo-Saxons et les Scandinaves(il le fut notamment par les Suédois, à partir du 15 ème siècle et jusqu’à l’affaiblissement de la royauté en Suède). Mais c’est l’Allemagne qui s’en fit le champion. C’est dans ce pays que se développèrent avec force les écrits concernant la supériorité de langue, puis de peuple et de race, probablement pour compenser le manque d’unité politique du pays. Nous pouvons dater ce phénomène des 15 ème-16 ème siècles. Par la suite, il ne cessa de croître jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale(…)”.

Source : “Les idées politiques au 20 ème siècle”, Chantal (Millon) Delsol, PUF, Collection Premier Cycle, 1991. 


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