Publié par : winfrid | décembre 22, 2008

Le Général Gallois sur le destin de l’Europe

 ” En dépit des mouvements migratoires dont elle est la destination finale, l’Europe devrait perdre 100 millions d’habitants au cours du présent demi siècle.

Dans le même temps, augmente la population d’Afrique, le pourtour méridional de la Méditerranée à lui seul, gagnant de 150 à 180 millions d’âmes. Barométriquement parlant, il y a une forte dépression au nord, laquelle ne laisse pas d’attirer le « trop plein » de la pression du sud. La France affiche un taux de natalité plus élevé que celui de la plupart de ses partenaires européens. C’est là un redressement relativement récent. Aussi a-t-elle accueilli le plus grand nombre d’émigrés. Elle en compterait 9 à 10 millions, dont près de la moitié aurait le Maghreb pour origine.

Dès le début de la Vème République, la France, alors en expansion, avait fait appel à la main d’oeuvre étrangère, moins exigeante en matière de salaire que la main-d’oeuvre française. Toutefois, le général De Gaulle avait « encadré » le flux allogène. Paris conclut avec Alger un accord selon lequel 25.000 Algériens seulement seraient, annuellement, admis en France. (En 1985, Mitterrand annule cet accord et accorda cette même année 650.000 visas). En 1973, Pompidou étant à l’Elysée, la France avait souscrit à la Charte Sociale européenne qui recommandait aux Etats membres de faciliter le regroupement des familles des travailleurs étrangers. Et, en 1976, Giscard d’Estaing signa le décret relatif à ce regroupement. Aussi, le flux migratoire fut-il modifié. C’est ainsi, par exemple que, si en 2003, quelque 215 000 visas de long séjour furent délivrés, 15 % seulement d’entre eux l’étaient pour le travail, tandis que près de la moitié visait le regroupement familial, les étudiants s’adjugeaient le quart restant. S’y ajoutaient les demandeurs d’asile (100.000) et mettons 120.000 clandestins. A déduire 120.000 à 150.000 naturalisations annuelles.

 Selon Maxime Tandonnet, éminent spécialiste, il faudrait raisonnablement compter avec 250.000 à 300.000 migrants supplémentaires chaque année. Pour les autochtones le taux de natalité est de 1,8 à 1,9 mais, à court terme, il atteint 2,6 voire 2,8 pour les maghrébines et 3,5 à 4 pour les femmes d’origine africaine sub-saharienne. Ce qui donne à penser qu’en 2050 plus de 30 % de la population française sera composée de migrants et de leurs descendants. En théorie, le gouvernement français n’y peut rien changer puisqu’il est partie au traité d’Amsterdam qui a transféré à l’Union européenne le contrôle de l’immigration.

Non seulement la Vème République a favorisé cette transformation d’une identité nationale séculaire (Accord de Schengen) mais elle s’est désaissie de la gestion du flux des migrants. C’est que le mode d’élection du président de la République – au suffrage universel direct – l’incite à faire des « largesses » en faveur des candidats à la nationalité française.

 Le pouvoir se constitue ainsi un électorat favorable. Un sondage récent montre que les Français issus de l’immigration préféraient à la fois la gauche et le président Chirac, les partis de gauche et les présidents successifs exploitant le filon émigration. Ainsi la France, par la politique de ses gouvernements, compromet ce à quoi la nature – un taux de natalité meilleur – aurait tendance à remédier. Une généreuse politique sociale, l’indifférence des autochtones à la transformation de leur société, la suppression des frontières, grossissent le flux de migrants.

 Le mythe de l’intégration – dès la première génération – dissipe d’éventuelles inquiétudes. Confusément l’exemple des Etats-Unis et le succès de leur melting pot rassurent bien que la situation de la France – et plus généralement de l’Europe – soit très différente. Emigrer aux Etats-Unis a pour objectif un sort matériel bien meilleur, mais également l’appartenance à une nation puissante, au rayonnement mondial dont l’arrivant a le sentiment de détenir une parcelle. La France, à l’inverse, présente le visage d’un territoire dépourvu de gouvernement national, relevant d’une vague autorité supranationale donc étrangère, un pays sans frontières qui s’affiche sous deux drapeaux et dont les forces armées relèvent de pouvoirs extérieurs. Bref, l’émigrant arrive sur un sol politiquement vide, à la population d’origine anémiée. Venant le plus souvent de pays gouvernés autoritairement, il n’éprouve nul besoin de troquer sa nationalité contre celle d’une nation d’accueil en décadence.

 Les gouvernements successifs de la funeste Vème République n’ont pas compris – ou préférer ignorer – qu’il y avait incompatibilité entre « intégration » et « construction européenne ». Ce qui est vrai, pour la France, l’est dans une certaine mesure pour une large fraction du continent européen. Hors de France, en Europe industrialisée, le recours à l’immigration est, le plus souvent, une nécessité, les taux de natalité étant beaucoup trop faibles pour permettre le renouvellement des générations. L’affaiblissement général qui en résulte (vieillissement, tarissement de l’innovation, charges accrues de la population) est à rapprocher, d’une part de la puissance démographique, idéologique et financière des pays de l’Islam et, d’autre part, de l’augmentation de la population africaine combinée à la limitation des ressources locales disponibles. D’où deux déferlantes vers un continent européen matériellement riche, mais en dépeuplement. “

Pierre-Marie Gallois (Mars 2007)


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