Publié par : winfrid | mars 8, 2009

Les Européens ne doivent rien aux Musulmans

” La dette éternelle soi-disant contractée par l’Europe auprès des savants arabes, qui lui aurait permis de renouer avec l’héritage grec et de sortir des ténèbres, est une fable grossière et politiquement orientée. Dans ” Aristote au Mont Saint-Michel, les racines grecques de l’Europe chrétienne “, Seuil, 2008, Sylvain Gougenheim, professeur à l’Ecole Normale de Lyon, le démontre sans appel (…) Pour l’auteur, (…) , nous devons tout aux Grecs sans que les ” Arabes ” n’y aient jamais rien ajouté de sérieux (…) Il résume lumineusement le problème actuel : ” S’impose désormais l’image biaisée d’une Chrétienté à la traîne d’un ” Islam des Lumières ” auquel elle devrait son essor, grâce à la transmission d’un savoir grec dont l’époque médiévale avait perdu les clefs. On parle d’un ” héritage oublié ” dont il faudrait ” rendre conscients les Européens “. Une manoeuvre dont il démonte les ressorts en redressant quelques idées reçues :

_ Les invasions barbares avaient détruit le savoir antique en Europe. FAUX : ” Les récents travaux des antiquisants et des médiévistes ont montré que cette période des 5 ème – 8 ème siècles ne fut pas si catastrophique, les facteurs de dislocation, bien réels, étant atténués par des éléments de continuité “. On traduisait directement les auteurs grecs à la cour de Charlemagne, de Louis le Pieux et de Charles le Chauve.

_ Ce sont les manuscrits arabes qui ont fait connaître Aristote à la Chrétienté. FAUX : ” Cinquante ans avant que ne démarre en Espagne la traduction des versions arabes d’Aristote, l’oeuvre avait été traduite directement du grec à l’abbaye du Mont Saint-Michel “.

_ Le monde islamique était un univers homogène. FAUX : ” L’univers arabe ne peut être réduit à une seule foi [...] Les Arabes chrétiens, les Chrétiens arabisés du fait de la conquête musulmane constituaient encore près de la moitié de la population des pays d’Islam aux alentours de l’an 1000 “. Et ce sont ces derniers, enfants perdus de Byzance et du savoir grec mais toujours chrétiens, qui fournirent pendant des siècles à la civilisation musulmane son socle de connaissances : ” Jamais les Arabes musulmans n’apprirent le grec, même Al-Farabi, Avicenne ou Averroès l’ignoraient “. A cette époque ” brillante ” de la civilisation arabe comme à l’époque moderne, les Musulmans furent à l’école des Chrétiens arabes, perses et grecs qu’ils avaient soumis et qui leur fournirent l’immense majorité de leurs médecins, lettrés, traducteurs, et mathématiciens (ils les ont tellement bien récompensés pour ces leçons que de nos jours les derniers chrétiens d’Orient, vrais autochtones de la région, sont en passe d’être éliminés d’un monde qui fantasme encore d’un ” âge d’or ” dû en réalité à ses dhimmis syriaques, araméens et nestoriens).

_ Le passage de l’univers scientifique et philosophique grec s’est fait naturellement vers le monde islamique, avant d’être transmis facilement à l’Europe par ces derniers. FAUX : ” Quel texte philosophique, quel raisonnement scientifique peut sortir indemne de transformations où le vocabulaire et la pensée basculent d’un système indo-européen à un système sémitique avant de faire retour au texte d’origine ” ? De plus : ” La croyance en la nature incréée du Coran eut d’importantes répercussions sur la possibilité d’une expression libre de la pensée ” (…) Pas de Thomas d’Aquin musulman pour faire dialoguer le Coran et Aristote.

_ L’Islam a inventé la science moderne. FAUX : ” La science moderne s’est développée à partir du 16 ème siècle, et seule l’Europe peut en revendiquer la paternité “.

_ Le filtre islamique était nécessaire pour que l’Europe renoue avec son héritage antique. FAUX : ” L’hellénisation de l’Europe médiévale fut le fruit des Européens (…) Un fil directeur part des cités grecques et unit les Européens à travers les âges “.

_ L’Islam était éclairé, raffiné, spirituel, tandis que l’Occident était brutal, guerrier et conquérant. FAUX : l’Islam ne fut jamais riche que des civilisations qu’il asservit, pilla et détruisit, jamais l’Europe ne fut en paix tant que les Musulmans étaient forts, Byzance – et non La Mecque – fut finalement détruite, la Méditerranée ravagée, les Croisades (entreprises pour délivrer des terres chrétiennes) échouèrent, les Turcs parvinrent jusqu’à Vienne après avoir dévasté tous les Balkans… (…)

Source : ” Le Choc du Mois “, Mai 2008.


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